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Une Voie Romaine en Tarentaise

 
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Quintus flavius Ursus
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Une Voie Romaine en Tarentaise




Les principales Voies Romaines qui traversaient les Alpes vers la Gaule étaient:

La voie côtière (Via Aurelia)

Par le col du Montgenèvre (Voie Cottienne)

Par le col du Petit Saint-Bernard (In Alpe Graia)

Par le Col du Grand Saint-Bernard (I summo Poenino)


La C'est la route du Petit Saint-Bernard qui concerne principalement la Tarentaise


La fréquentation des cols alpins par les hommes et leurs diverses marchandises remonte à une époque très ancienne (néolithique moyen ou récent 3000 à 2500 avant J.C.). A l'age de bronze (1800 à 800 avant J.C.) il existait déjà d'importants courants commerciaux.

Quelques envahisseurs de l'Italie ont franchi les Alpes avant la période gallo-romaine, les Gaulois de Bellovese vers 309 avant J.C., les Carthaginois avec Hannibal en 218 avant J.C. puis Hasdrubal vers 207, les Cimbres en 101avant J.C.

Le début de la construction de cette route remonte probablement à la période de Jules César vers 45 avant J.C son achèvement se situe vers l'an 2 ou 3 après J.C. Agrippa gendre et conseillé préféré de l'empereur Auguste a joué un rôle important dans sa réalisation.

C'était la grande voie qui reliait Milan à Vienne, en vallée du Rhône.

Vers l'an 18 après J.C. le géographe grec Strabon indique qu'elle était praticable aux chars sur la plus grande partie de son parcours.

Sa structure adaptée au terrain de la montagne est le plus souvent faite de terre battue égalisant le sol sur une largeur de 3 à 5 mètres.

On peut suivre assez facilement son trajet sur le versant italien, depuis la Thuile d'Aoste (Ariolicum) elle porte le nom de Mulaterria.

Le passage du Col du Petit Saint-Bernard (In Alpe-Graia) se fait à travers un plateau de environ 2,5 km de long. La voie romaine est bien marquée au niveau de la frontière à proximité du "cromlech" et de la Colonne Joux (Columna Jovis) cette dernière pourrait être une ancienne colonne milliaire ou bien le reste d'un monument?

A ce niveau se trouve le long de la voie les restes d'un gîte d'étape (mansio est) ainsi que, en face de la colonne Joux un autre bâtiment (mansio ouest), peut-être une autre auberge ou un petit lieu de culte Fanum? Après avoir contourné une zone marécageuse le parcours se poursuit sur la rive droite du torrent le Reclus en direction de Séez situé plus bas dans la vallée.

Le tracés reste bien visible entre le col et le hameau de Saint-Germain car jusqu'à la fin du XIXe siècle c'était la route de franchissement entre la Savoie et la Vallée d'Aoste. Dominant un ravin au nom évocateur de "Creux des morts"au fond duquel coule le Reclus, la route passe près du lieu-dit "la Colonne" où subsistait il y a peu, la base de ce qui pourrait être une colonne brisée. (Ces restes seraient enfouis sous les déblais de construction de la nouvelle route d'alpage). La route prend ensuite à travers un petit plateau la direction du hameau des Chavonnes avant de parvenir après un lacet à celui de Saint-Germain sur Séez.




Au printemps la neige rend plus visible la Voie Romaine

"Quand à celle venant de Gaule (la route des Alpes), ses pentes sont très accusées et effrayantes à regarder à cause des rochers qui la surplombent de chaque coté. Et particulièrement au printemps au moment de la fonte des neiges, entre les ravins aux flancs escarpés et les fissures dissimulées par l'accumulation de la glace, hommes et bêtes, descendants d'un pas hésitant, se mettent à glisser ainsi que les attelages... les hommes et les bœufs s'efforcent de les retenir par derrière avec de grosses cordes... En hiver... des pieux ont été alignés le long du bord pour les guider" Ammien Marcellin, historien grec d'Antioche (IVe siècle)



La Voie Romaine entre le Col du Petit Saint-Bernard et St-Germain. (tracé inférieur)

Les crues et les inondations ont effacé les traces de la voie un peu en aval de Saint-Germain. Une tradition locale rapporte que soit sous l'occupation romaine selon certaines sources, soit au XIIIe siècle selon d'autres, la rupture de la parois d'un petit lac dont la surface faisait 15 à 20 hectares aurait permis à 300.000 m3 d'eau d'emporter terre, rochers et arbres jusqu'à l'Isère environ 1.000 m plus bas, là où se trouve le village de Séez qui fut enseveli sous 10 à 20 mètres. (Catastrophe de la Sivolière)

Dans la première hypothèse, on peut penser que la voie celtique pré-romaine ainsi que la première voie romaine passait sur la rive droite du Reclus entre le torrent et la montagne. Après cette catastrophe le Reclus ayant été déplacé de 500 mètres environ contre la parois de la montagne, la nouvelle voie passait sur la rive gauche après franchissement du Reclus sur un nouveau pont construit par les ingénieurs romains.

Un carrefour devait se situer au lieu-dit Trèves (Tres viae, trois voies) sur la commune de Séez C'était le point de départ d'une voie vers la haute Isère et le Mont Cenis d'une part et l'autre vers les Chapieux et le col du Bonhomme.

Au delà de Séez la route se dirigeait vers Bourg-Saint-Maurice (Bergintrum, qui a donné son nom au lieu-dit la Bourgeat). C'était un relais important précédant l'étape de Aime, la route passait au voisinage de la tour de Rochefort où se situait probablement un poste militaire.

Dans ce secteur la chaussée a fait l'objet de nombreux travaux d'entretien en raison des nombreuses crues des torrents avoisinants. Une intéressante inscription découverte à Bourg-Saint-Maurice et déposée au musée lapidaire de Aime mentionne les réparations effectuées par Lucius Verus associé de Marc-Aurèle (163 après J.C.) (Voir le texte joint à la photo)

Le parcours jusqu'à Aime (Axima) se confond en grande partie avec la route actuelle.

A Aime, ancienne capitale (jusqu'au IIIe siècle) de la province des Alpes Graies, on a retrouvé sa trace en plusieurs endroits. S'y trouvait également le point de départ d'une voie secondaire vers le col du Bonhomme.

La voie continue ensuite vers Centron en traversant Villette (Brigantio). Elle franchit ensuite l'étroit du Siaix presque au niveau de l'Isère. il en reste quelques traces (mur de soutènement et dalles sur 4 à 5 mètres).

Suivant ensuite la rive droite par Pomblière Saint-Marcel la route arrive à Moûtiers (Darentasia qui a donné le nom de Tarentaise) Il ne reste que peu de traces de la chaussée à travers Moûtiers et Aigueblanche. Les travaux effectués par E.L. Borrel vers 1885, révèlent une chaussée formée d'une couche de gravier de 0,35 m. à 0,50 m. d'épaisseur, le plus gros gravier se trouvant à la base (ruderatio) et reposant dans les passages humides sur un lit de pierres.

Le parcours continue sur la rive gauche en direction de Notre-Dame de Briançon ou il repasse sur la rive droite vers Arbinne (Obilona) puis s'éloignant de l'Isère et en longeant le bas de la montagne rejoint les environs d'Albertville (Ad-Publicanos) où se trouvait un poste de péage. Elle traversait ensuite l'Arly au sommet de la ville actuelle, où l'on en a retrouvé de nombreuses traces. C'est un carrefour important en direction d'Annecy (Boutae) via Faverges-Viuz (Casuaria) pour se diriger ensuite vers le lac Leman et Genève.

La route prend ensuite la direction de Chambéry (Lemencum) en suivant la vallée de l'Isère, passé cette ville elle continuait vers Vienne via les Échelles (Labisco) et Aoste (Augusta).Chambéry était aussi un point de départ vers le nord pour Seyssel (Condate) via Aix-les Bains (Aquae) et aussi vers le sud pour Grenoble (Cularo).


Message Posté le: Jeu 2 Juil - 11:15 (2015)
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Quintus flavius Ursus
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La Savoie à l'époque romaine
Auteur : François BERTRANDY






2. Le réseau routier

En Savoie, le réseau routier antique est dépendant de l'importance du rayonnement de Vienne, chef-lieu de la cité. Les voies partent de Vienne et se dirigent vers les grands centres de son territoire et traversent la Savoie pour gagner l'Italie et Rome. Mais le réseau routier de la cité de Vienne n'est pas une création ex nihilo issue de la domination romaine. Bien au contraire, il est la pérennisation d'habitudes de circulation établies de longue date par les populations allobroges et celles des autres peuples, avec qui elles étaient en relation tels les Helvètes, ou les Nantuates, les Véragres et les Sédunes du Valais, les Ceutrons de Tarentaise, les Médulles de Maurienne, les Voconces, les Helviens, les Ségusiaves, voire les Ambarres et les Séquanes de la rive droite du Rhône, en amont de Lyon ; ce sont donc de vieux itinéraires, au moins celtiques, sinon antérieurs, qui irriguent le territoire viennois et auxquels vont s'ajouter les constructions nouvelles ou les aménagements réalisés par les Romains.
2. 1 - Les itinéraires protohistoriques

On distingue deux axes anciens principaux :
- La voie qui reliait Vienne à Augusta Praetoria (Aoste) par Bergusium (Bourgoin), Augustum (Aoste, Isère), la chaîne de l'Épine, Lemincum (Chambéry), la combe de Savoie, la Tarentaise et le col du Petit-Saint-Bernard. La avec l'aide des cartes IGN, G. Chapotat, s'est efforcé de démontré la réalité de l'itinéraire qui occupe souvent les lignes de crête, notamment entre Bourgoin et Aoste, à l'abri des marais ou des crues. Le tracé est très détaillé entre Aoste et Chambéry dans l'approche de la montagne de l'Épine et il pourrait être confirmé par les découvertes numismatiques faites sur son parcours. Ce sont en effet les monnaies gauloises mises au jour à Faverges-de-la-Tour, à 7 kilomètres à l'ouest d'Aoste, ou le trésor du col de la Crusille (plus de 300 monnaies, dont au moins 94 monnaies gauloises), près de Gerbaix. Il y avait là incontestablement une voie de passage fréquentée avant et au début de la domination romaine.
- La voie qui, venant d'Aoste (Isère), gagnait Seyssel (Haute-Savoie), remontait la rive gauche du Rhône, puis empruntait la rive sud du Lac Léman pour rejoindre le Valais.
2. 2 - Les voies principales

Deux voies reliaient Vienne à l'Italie et un troisième itinéraire longeait, à quelque distance, la rive sud du Lac Léman. Comme on l'a vu précédemment, il s'agit de vieux tracés prohistoriques sur lesquels on ne relève pas de bornes milliaires avant la Tétrarchie (284-305). Ce qui incite à penser que la reprise en main politique, après la " crise " du milieu du IIIe siècle, s'est accompagnée, particulièrement dans l'est de la cité de Vienne, d'une possible réfection des routes, mais certainement aussi d'une manifestation de loyalisme des populations à l'égard du pouvoir impérial qui, en écartant momentanément la menace germanique, a restauré la paix.

Au demeurant l'Empire avait besoin d'axes de circulation reliant commodément l'Italie à la Gaule, et par delà les vallées alpines, l'Italie aux Germanies et au limes rhéno-danubien. La construction de voies nouvelles ou la réfection de celles plus anciennes relèvent donc d'une stratégie défensive. Pour les deux voies empruntant les cols alpins, selon la documentation, on s'aperçoit que l'Suvre commencée par Dioclétien (milliaire de Chignin) a été poursuivie par ses successeurs et notamment par Constantin.
- La voie Vienne-Augusta Praetoria par Augustum (Aoste), la vallée de l'Isère et le col du Petit-Saint-Bernard.

A l'aide de l'Itinéraire d'Antonin, de la Table de Peutinger et de la toponymie, il est possible de reconstituer dans une large mesure le parcours de cette voie. L'itinéraire connu, au départ de Vienne, se dirige vers Bergusium (Bourgoin), les hauteurs qui dominent la Tour-du-Pin, La Bâthie-Mongascon pour atteindre Augustum (Aoste).

Entre Aoste et Chambéry, le tracé emprunté par la voie est incertain. Grâce à la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin, on dispose de la mention d'une étape, mal localisée cependant, Labisco à XIV milles d'Aoste, soit 20, 720 kilomètres. On a proposé de placer Labisco soit à Lépin-le-Lac, au bord du Lac d'Aiguebelette, soit aux Échelles, au sud ouest du Lac d'Aiguebelette, tous deux à égale distance d'Aoste.

De Labisco vers Lemincum (Chambéry), soit XIIII milles (20, 720 kilomètres) selon la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin, la voie doit franchir la chine de l'Épine. Si l'on retient Les Échelles comme point de passage, l'itinéraire devait emprunter le tracé actuel de la RN 6 par le col de Couz (626 mètres), pour rejoindre enfin Chambéry. L'autre itinéraire imposait l'ascension de la chaine de l'Épine à plus de 900 mètres d'altitude soit par le col du Crucifix (915 mètres), soit par le col Saint-Michel (903 mètres). En l'état actuel de la documentation, il est difficile de trancher entre ces deux itinéraires.

De Chambéry, la voie gagnait Montmélian, c'est-à-dire la vallée de l'Isère. À Barby, à la sortie orientale de Chambéry, a été reconnu l'emplacement de l'ancienne voie romaine. Un témoin incontestable du tracé entre ces deux cités a été fourni récemment par le milliaire de Dioclétien, découvert à Chignin, même s'il ne peut être considéré comme étant en place (AE 1993, 1158). Elle devait retrouver à la hauteur de Montmélian-Francin-Arbin la voie venant de Grenoble (Cularo). Mais le paysage de la contrée a été grandement modifié, en 1248, par le glissement de terrain du Granier qui a effacé irrémédiablement les traces du passage d'une voie antique.

Dans la combe de Savoie, la route remontait la rive droite de l'Isère à l'abri des crues de la rivière et des zones instables. Elle quittait le territoire de la cité de Vienne à la hauteur de Tours-en-Savoie, pour emprunter, en pays ceutron, la vallée de la Tarentaise. et le col du Petit-Saint-Bernard (Alpis Graia).
- La voie Vienne-Augusta Praetoria (Aoste) par Cularo (Grenoble), la vallée de l'Isère, Montmélian, ad Publicanos, la vallée de la Tarentaise et le col du Petit-Saint-Bernard.

Au-delà de Grenoble, la route antique remontait la vallée de l'Isère, par le Grésivaudan rive droite, la Combe de Savoie et la Tarentaise. Elle devait rejoindre la voie venant de Lemincum à la hauteur de Montmélian-Francin-Arbin.
- La voie Vienne-Genève

Elle emprunte le tracé déjà évoqué, en direction d'Augustum (Aoste) et de Lemincum (Chambéry). Après Aoste, selon la Table de Peutinger, sont attestées les étapes d'Etanna (Étain ou Yenne ?), à XII milles d'Aoste, soit 17, 760 kilomètres, et de Condate (Seyssel), à XXI milles d'Etanna, soit 31, 080 kilomètres. Entre ces deux sites, la voie suit la montagne au plus près, sur la rive gauche du Rhône, traverse la Chautagne, jusqu'à Seyssel. De là, ainsi que l'indique la Table de Peutinger, la distance jusqu'à Genève est de XXX milles, soit 44, 400 kilomètres.

Une voie secondaire reliait Seyssel à la sortie amont du défilé de l'Écluse, où les marchandises qui étaient arrivées jusque-là par portage, en raison de la perte du Rhône dans le secteur ennoyé depuis par la construction du barrage de Génissiat, pouvaient à nouveau emprunter le cours du fleuve pour atteindre Genève.
2. 3 - Les voies secondaires

Elles quadrillent tout particulièrement l'est de la cité de Vienne et leur étude a été faite à maintes reprises.
- La transversale Genève-ad Publicanos et le col du Petit-Saint-Bernard

Cette voie n'est attestée que par l'Itinéraire d'Antonin : " A Mediolano per Alpes Graias, Argentorato..., Darantasia (Moutiers), Casuaria (Faverges), Bautas (Annecy), Genaua... " (347, 10-12).

Ainsi Genève était reliée à la Tarentaise par une voie qui passait par le uicus de Boutae (Annecy), au nord duquel devait être érigée la borne milliaire marquant le XXIII mille, compté depuis Genève, au nom de Constantin (ILHS, 118, milliaire conservé à Veyrier-du-Lac). La voie ensuite empruntait la rive gauche du lac par Sévrier, où ont été découverts un milliaire de Constantin et des vestiges de la voie, puis Saint-Jorioz, le territoire de la commune, puis par Casuaria (Viuz-Faverges), la cluse de Faverges et le val d'Arly, la route atteignait ad Publicanos pour s'engager soit dans la Tarentaise en direction du col du Petit-Saint-Bernard, soit dans la combe de Savoie sur la voie venant d'Italie. La distance donnée par l'Itinéraire d'Antonin entre Boutae et Casuaria est de XXX milles, soit 44, 400 kilomètres.
- La voie d'Aix-les-Bains (Aquae) à Seyssel (Condate)

D'Aix-les-Bains, une route gagnait l'Albanais et le uicus Albinnensium, puis elle se dirigeait par Rumilly. Dans les gorges du cours d'eau, en 1848, son tracé avait été relevé sur plus de quatre kilomètres. La construction de la route moderne sur l'emprise de la voie antique en a fait disparaître souvent le témoignage. Cependant des vestiges significatifs de la voie romaine, taillée dans le rocher ou soutenue par des hauts murs de pierres sèches, des traces d'ornières et de rayures anti-dérapantes sur la chaussée subsistent à proximité des deux tunnels de la route moderne quand on vient de la vallée du Rhône.

Sur le cours supérieur du Fier, entre Thônes et Annecy, sur sa rive droite, à l'entrée d'une gorge étroite est conservée une section de voie romaine, taillée dans la paroi de la montagne par un particulier Lucius Tincius Paculus qui a laissé son nom gravé dans le rocher " L(ucius) Tincius / Paculus / peruium fecit ".
- La voie d'Annecy (Boutae) à Aix-les-Bains (Aquae)

Le tracé de cette voie a fait l'objet en son temps de reconnaissances sur le terrain et d'une tentative de reconstitution. Elle quittait Annecy en direction de Seynod, puis gagnait Gruffy et Cusy, après avoir franchi le Chéran en un point inderterminé. En empruntant le tracé actuel de la D 911, la voie atteignait alors Aix-les-Bains par les gorges du Sierroz et Grésy-sur-Aix.
- La voie de l'Arve

Depuis Genève, pour gagner le Valais et le col du Grand-Saint-Bernard, deux routes étaient possibles. Sans que l'on dispose d'éléments significatifs, la première devait remonter le cours de l'Arve, sur sa rive droite, au moins jusqu'à Thyez, un peu à l'écart du lit du torrent en raison de ses crues violentes. Si l'on en croit le bornage délimitant le territoire des Viennois de celui des Ceutrons entrepris sous son règne, l'aménagement de cette voie remonterait à Vespasien. La seconde route était constituée par la vieille piste protohistorique au sud du lac Léman (voir infra).

On peut envisager un tracé, qui remonte la rive droite du cours d'eau jusqu'à Thyez. Sur ce site, la découverte d'une voie dallée se dirigeant vers l'Arve (accès à un pont ou à un embarcadère ?), datée de la fin du Ier siècle ou du début du IIe siècle, pourrait laisser envisager que la voie traversait alors l'Arve, pour remonter la vallée sur la rive gauche. De Thyez, par Cluses, Luzier, Réninge ou par Sallanches, la voie arrivait à Passy et son sanctuaire de Mars. Ensuite, par le col des Montets, la vallée de l'Eau Noire et du Trient, elle descendait sur Martigny (Octodurus-Forum Claudii Vallensium).
- La voie au sud du lac Léman

Ainsi qu'en témoignent trois bornes milliaires (d'Annemasse, de Crévy, de Monthey dans le Valais) érigées aux deux extrémités de cette voie, les Romains ont repris le vieux chemin protohistorique qui longeait à une certaine distance la rive sud du lac Léman. La construction de cette route pourrait avoir été commencée par Dioclétien et Maximien (milliaire de Monthey), à partir du moment où Genève, tout comme Grenoble se sont constituées en cités autonomes et s'être achevée sous les deuxième et troisième tétrarchies (milliaires d'Annemasse). Ainsi s'explique que cette route ne soit mentionnée ni par l'Itinéraire d'Antonin ni par la Table de Peutinger. À Thonon, elle emprunte la vallée de la Dranse d'Abondance pour gagner le Pas-de-Morgins et rejoindre Tarnaiae (Massongex) et Forum Claudii Valensium (Martigny).


Message Posté le: Jeu 2 Juil - 11:19 (2015)
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Quintus flavius Ursus
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Les Romains en Savoie




Les régions antiques qui couvrent la Savoie actuelle ne formaient pas une entité unique. Pour sa partie septentrionale et occidentale, elles appartenaient à l’un des peuples gaulois majeurs du Sud Est de la Gaule, les Allobroges, tandis que la partie orientale de la Savoie était le domaine des Ceutrons (la Tarentaise actuelle) et des Médulles (la Maurienne actuelle). Leur entrée dans la domination romaine commence à la fin du IIe siècle avant notre ère.
La conquête (1) du territoire des Allobroges par les Romains se fit en plusieurs étapes entre 121 et 61 avant J.-C., date à partir de laquelle ce peuple accepta de se soumettre définitivement à Rome et lui témoigna une indéfectible fidélité.
L’organisation du territoire (1)
Dans l’Antiquité, les habitants de la Savoie se répartissaient en trois unités administratives distinctes : la cité de Vienne qui regroupait les Allobroges, la province des Alpes Graies/Atréctiennes, terre des Ceutrons, la province des Alpes cottiennes, avec Suse (Segusio) pour capitale.
Située en gros entre le Rhône, le Vercors, les masssifs de Belledonne et du Beaufortin, la cité de Vienne fut organisée en deux étapes.
Entre 46 et 36 avant J.-C., elle reçut le satut de colonie latine. Elle bénéficiait d’une certaine autonomie administrative avec un conseil des décurions et un collège de quatre membres chargés de dire le droit, les IIII uiri iure dicundo. L’épigraphie de la Savoie atteste l’existence de magistrats, de la première constitution de Vienne, appelés à siéger au chef-lieu de la cité. Caius Passerius Afer, dont le nom apparaît sur un texte mutilé de Frangy, quattuoruir iure dicundo, propriétaire terrien dans cette région de la Haute-Savoie et le quattuorvir Sextus Decidius [---], à Saint-Alban-Leysse appartiennent à cette époque.
Puis, vraisemblablement en 39-40 après J.-C., la cité fut élevée au rang de colonie romaine honoraire. Ses habitants libres obtinrent alors le droit de cité romaine. Le territoire fut non seulement administré par un conseil des décurions, mais aussi par trois collèges principaux de magistrats : les II uiri iure dicundo (duumvirs pour dire le droit), les II uiri aerarii (duumvirs chargés du trésor), et les III uiri locorum publicorum persequendorum (triumvirs chargés de la surveillance et de l’entretien des lieux publics). L’épigraphie de la Haute-Savoie a fourni quatre duouiri iure dicundo, à Annecy, à Allinges, à Passy (deux textes). À Passy et à Seyssel, sont mentionnés, deux duouiri iure dicundo qui furent également triumuiri locorum publicorum persequendorum. Si Aulus Isugius Vaturus, Lucius Vibius Vestinus et Marcus Arrius Gemellus doivent être considérés comme des visiteurs du sanctuaire de Mars à Passy, on pense que les trois autres personnages devaient résider sur place, sur leurs domaines, et se rendre à Vienne pour y exercer périodiquement leur fonction municipale.
Quatre duouiri iure dicundo doivent être cités en Savoie, à Montmélian, à Grésy-sur-Isère, à Albertville, peut-être à Notre-Dame-des-Millières (texte perdu).
- Deux duumuiri aerarium, peut-être apparentés, doivent être encore mentionnés à Fréterive.
- Un quaestor n(ummorum) p(ublicorum) apparaît à Passy, poste que l’on doit rapprocher de celui de quaestor rei publicae.
Une inscription de Douvaine mentionne D(ecimus) Iul(ius) Capito, probablement à identifier avec un personnage homonyme attesté par trois inscriptions de Vienne et une de Genève, qui parcourut une carrière mixte, municipale à Vienne et équestre jusqu’à la procuratèle ducénaire d’Asturie et Galice à la fin du règne de Trajan.
Au lendemain de la " crise " qui frappa l’Empire au IIIe siècle, la réorganisation administrative voulue par Dioclétien (284-305) eut des répercussions dans la cité de Vienne. Ainsi fut créée la province de Viennoise et les deux agglomérations de Genève et de Grenoble furent élevées au rang de cité de plein exercice. Le territoire de la cité de Genève, par exemple, engloba alors la plus grande partie de la Haute-Savoie, tandis que la partie méridionale de la Savoie fut affectée à la cité de Grenoble. À cette réforme, il est possible de rattacher l’érection d’un certain nombre de bornes milliaires sous la tétrarchie et à l’époque constantinienne, dont les distances sont comptées depuis Genève.
A l’intérieur de la cité de Vienne existait une administration locale de districts, appelés pagi et d’agglomérations secondaires, les uici. Le pagus, héritier de la circonscription tribale gauloise, répondait à une unité territoriale utilisée par l’administration romaine pour effectuer les opérations du cens et la perception de l’impôt.
On a conservé le souvenir de cinq pagi, trois situés en Savoie (pagus Dia(nensis ou -nae), pagus Apollin(is ou -ensis), pagus Vale(---)). Deux pagi sont signalés en Isère (pagus Oct(---), pagus Atius ?). Ils avaient à leur tête des préfets (praefecti) nommés par l’administration municipale de Vienne.
Aux agglomérations secondaires doit être réservé le terme de uicus. Ce sont le uicus Albinensium, le uicus Se(---), celui d’Annecy, sur un texte fragmentaire de Meythet qui mentionne des uicani Bo[utarum]), le uicus Augustanorum, le uicus Cularonensis, le uicus Genauensium, le uicus Rep(---) non localisé (près de Vienne).
Bien que riches en témoignages archéologiques, des centres comme Seyssel (Condate) et Faverges (Casuaria) ne sont que des étapes sur des itinéraires routiers (Itinéraire d’Antonin, 347 ; Table de Peutinger, II, 1). D’autres petites agglomérations, Annemasse (Adnamatia), Thonon (nom antique inconnu), Thyez dans la vallée de l’Arve ou Rumilly, n’ont pas fourni d’indications épigraphiques sur leur statut.
La partie orientale des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie relevait de deux structures différentes.
Avant la conquête romaine, les Ceutrons occupaient la vallée de l’Arly à l’est de la chaîne des Aravis et le cours supérieur de l’Arve, la vallée du Doron de Beaufort, la Tarentaise et les deux versants du col du Petit-Saint-Bernard. Après une période de protectorat qui leur assurait une certaine autonomie, Auguste annexa leur territoire qu’il plaça sous contrôle militaire. Sous le règne de Claude ou de Néron, les districts alpins furent transformés en provinces impériales équestres et le territoire des Ceutrons devint la province des Alpes Graies, avec pour capitale Axima (Aime), devenue Forum Claudii Ceutronum). Les habitants de la province reçurent le droit latin.
Au Ier siècle de notre ère, l’épigraphie atteste que les relations entre les Allobroges et les Ceutrons furent souvent conflictuelles. Pour cette raison, fut entrepris une opération de bornage, attestée par des bornes et par l’épigraphie, affectant les vallées et les piémonts à la cité de Vienne, et aux Ceutrons la montagne.
À l’extrême fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, Les Alpes Graies changèrent de nom, pour adopter celui d’Alpes Atréctiennes. Peut-être au début du règne de Septime Sévère, les deux provinces procuratoriennes des Alpes Atréctiennes-Graies et des Alpes Poenines (Valais suisse), furent regroupées en une seule entité administrative. Au IVe siècle, Moutiers (Darantasia) se substitua à Aime pour devenir la capitale des deux provinces unifiées et, au siècle suivant, elle fut le siège d’un évêché.
La Maurienne, habitée par les Médulles et les Graiocèles, quant à elle, était au début du Ier siècle avant J.-C. sous l’autorité de Cottius Ier, fils de Donnus, roi de la région de Suse (Segusio) et citoyen romain, qui contrôlait le col du Mont-Genèvre. À la mort de Cottius II, sous le règne de Néron, le royaume fut transformé en province procuratorienne, les Alpes cottiennes, gouvernée par un chevalier et les habitants reçurent le droit latin. Cette province conserva ses limites jusqu’à la fin de l’Antiquité. Créé aux environs de 574 par Gontran, roi de Bourgogne, l’évêché de Maurienne, qui recouvrait pour l’essentiel le territoire de la province, dépendait alors de Turin. Mais du VIe au XIe siècle, son siège fut installé à Saint-Jean-de-Maurienne.
En Savoie, le réseau routier antique (2) s’est développé à partir d’itinéraires protohistoriques qui reliaient les Allobroges à leurs voisins et, à l’époque romaine, en raison du rayonnement de Vienne, chef-lieu de la cité. À ces vieux itinéraires, au moins celtiques, sinon antérieurs, qui irriguent le territoire viennois, s’ajoutent les constructions nouvelles ou les aménagements réalisés par les Romains.
On distingue deux axes protohistoriques principaux :
- La voie qui reliait Vienne à Augusta Praetoria (Aoste) par Bergusium (Bourgoin), Augustum (Aoste, Isère), la chaîne de l’Épine, Lemincum (Chambéry), la combe de Savoie, la Tarentaise et le col du Petit-Saint-Bernard.
- La voie qui, venant d’Aoste (Isère), gagnait Seyssel (Haute-Savoie), remontait la rive gauche du Rhône, puis empruntait la rive sud du Lac Léman pour rejoindre le Valais.
L’Empire, qui avait besoin d’axes de circulation reliant commodément l’Italie à la Gaule, et par delà les vallées alpines, l’Italie aux Germanies et au limes rhéno-danubien, a favorisé la construction de voies nouvelles ou la réfection de celles plus anciennes pour faciliter la circulation des marchandises et des hommes (commerçants, fonctionnaires, soldats).
On distingue la voie Vienne-Augusta Praetoria par Augustum (Aoste), la vallée de l’Isère et le col du Petit-Saint-Bernard. Son tracé entre Aoste et Chambéry est incertain car on ne sait où situer la station de Labisco (Les Échelles ou Lépin-le-Lac), donnée par la Table de Peutinger et l’Itinéraire d Antonin. En revanche, de Chambéry au col du Petit-Saint-Bernard son tracé est bien attesté dans la combe de Savoie et la Tarentaise.
Une autre voie partait de Vienne pour rejoindre Augusta Praetoria (Aoste) par Cularo (Grenoble), la vallée de l’Isère, Montmélian, ad Publicanos, la vallée de la Tarentaise et le col du Petit-Saint-Bernard.
Viennent ensuite les voies reliant Vienne aux principaux centres de la cité. Ainsi la voie Vienne-Genève emprunte le tracé par Augustum (Aoste), puis se dirige vers le nord en suivant la rive gauche du Rhône. Selon la Table de Peutinger, sont attestées les étapes d’Etanna (Étain ou Yenne ?) et de Condate (Seyssel). De là, elle rejoignait Quadruuium (Carouge) et Genève.
Des voies secondaires quadrillent tout particulièrement l’est de la cité de Vienne et donc la Savoie. On distingue
- la transversale Genève-ad Publicanos et le col du Petit-Saint-Bernard par Annecy (Boutae) et Faverges (Casuaria), stations attestées par l’Itinéraire d’Antonin.
- de la voie d’Aix-les-Bains (Aquae) à Seyssel (Condate) par l’Albanais (uicus Albinnensium) et les gorges du Fier, où subsistent des vestiges significatifs de la voie taillée dans le rocher.
- la voie d’Annecy (Boutae) à Aix-les-Bains (Aquae) par Gruffy.
- la voie de l’Arve qui, depuis Genève, gagnait le Valais et le col du Grand-Saint-Bernard. En raison des crues violentes du torrent qui ont bouleversé ses rives depuis l’Antiquité, elle empruntait certainement la rive droite jusqu’à Passy, puis peut-être la rive gauche pour gagner la partie supérieure de la vallée, le col des Montets, la vallée du Trient et Martigny dans le Valais suisse, et, au-delà, le col du Grand-Saint-Bernard.
- la voie au sud du lac Léman, avec une bretelle, construite à l’époque de Dioclétien, empruntant la vallée de la Dranse d’Abondance pour gagner le Pas-de-Morgins et rejoindre Tarnaiae (Massongex) et Forum Claudii Valensium (Martigny).
Aucune activité économique (3) n’est bien spécifique à la Savoie dans l’Antiquité. Bien que l’épigraphie soit fort avare de renseignements sur la vie économique, l’archéologie, depuis quelques années, apporte des informations précieuses sur la mise en valeur de la région.
Pour ce qui est des ressources naturelles, il faut noter que les montagnes de la Savoie sont peu riches en gisement métalliques, excepté en Tarentaise, et en Haute-Savoie (Passy). En revanche, des carrières de la Savoie est extrait un matériau de construction, le calcaire, utilisé non seulement dans cette région, mais également acheminé vers Lyon ou vers Genève, par voie d’eau et par voie terrestre (par ex., carrière de Franclens, au nord de Seyssel, marbre de Villette en Tarentaise).
Au plan agricole, la production locale a trouvé des débouchés à Genève, Vienne et Lyon. Ainsi que l’indiquent des auteurs comme Pline l’Ancien et Vitruve, la forêt a été exploitée pour les essences utiles au chauffage et à la construction. Dès le Ier siècle de notre ère, est développée la culture de la vigne, illustrée par le fameux cépage, évoqué par Pline, la uitis allobrogica picata. Une inscription d’Aix-les-Bains, qui évoque le don d’un bois sacré et d’un vignoble, confirme la prééminence de cette culture (AE, 1934, 165).
Les restes archéologiques de meules et d’outils viennent démontrer l’existence d’une culture céréalière, le fameux " blé de trois mois " connu dans toutes les Alpes (Pline, HN 18, 12) et les dépotoirs antiques, avec la présence de noyaux de fruits, révèlent la culture de nombreux arbres fruitiers. De même, dans les alpages, est développée une économie de montagne fondée sur l’élevage et la prodution de fromage (Pline, HN 11, 97).
Grâce à l’archéologie, qui a mis au jour de nombreux dépôts de scories (région du Salève, Annecy, ateliers de production de fibules à Faverges), sont attestés les métiers de la fonderies et de la forge qui visaient l’autosuffisance.
Même si une partie du trafic se fait par le Rhône, le développement du réseau routier est responsable de l’accroissement du trafic.
- Sur le plan local, le commerce des matériaux de construction accompagne celui des briques et des tuiles (production d’Arcine, de Bredannaz, de Bellecombe en Tarentaise).
- Au plan des exportations, à côté des matériaux de construction et du bois, par flottage sur le Rhône, s’ajoutaient la vente du vin et de quelques produits agricoles.
- En ce qui concerne les importations, il faut mentionner les marbres précieux, provenant des régions voisines, voire de Carrare en Italie, et des métaux en lingot (fer, cuivre).
La production de céramique et son commerce reste la mieux connue. Ce sont les importations depuis le reste de la Gaule, d’Italie (sigillées arétine, rutène et arverne), d’Espagne (amphores contenant de l’huile ou des condiments), voire d’Orient, redistribuées en particulier en Haute-Savoie antique. Les productions locales sont illustrées par les ateliers de Thonon (Ier siècle) et de Portout (fin IIIe-milieu Ve siècle) et le rayonnement d’une céramique dite allobroge.
L’épigraphie et l’archéologie sont les seules sources susceptibles d’éclairer quelque peu la vie religieuse (4) dans la Savoie antique. En effet, seules les inscriptions donnent une esquisse d’un panthéon indigène, avec l’unique mention en Gaule d’Athubodua, probablement une divinité des eaux, la mention du dieu Vintius, dans la région de Seyssel, doté des épithètes Auguste et Auguste Pollux, qui laissent envisager une association du culte de l’empereur à ce culte indigène. Vintius est identifié à son équivalent romain Pollux.
Plus abondants en Savoie, les témoignages épigraphiques révèlent en Tarentaise, le culte d’Aximus, le dieu topique d’Aime, associé aux déesses mères, les Matrones, qui a donné son nom à la capitale des Ceutrons Axima (La Côte-d’Aime) et celui, plus énigmatique, de Mantounos à Salins-les-Thermes. À Châteauneuf, a été mis au jour un fanum consacré à Limetus (nombreux graffites). De même, la relecture d’une inscription de Grésy-sur-Isère a permis de révéler le nom d’Elausia, peut-être la divinité topique du uicus.
D’autres divinités, mieux connues en Gaule, sont attestées en Savoie, tel Borvo ou Bormo, le dieu gaulois des eaux (Aix-les-Bains). D’origine celtique sont encore les déesses-mères qui assuraient la fertilité et la fécondité. Nommées Matrae chez les Allobroges, à Brison-Saint-Innocent, à Allondaz, elles sont appellées Matronae chez les Ceutrons, à Aime et à Moûtiers (Matronae Saluennae). Cette dernière dénomination est la plus courante dans les Alpes. Les figurations iconographiques de ces divinités sont plutôt rares et la répartition des découvertes est très inégale selon les départements savoyards (statuette en bronze de Sucellus, à Viuz-la-Chiésaz, un autel anépigraphe, à Annecy figurant un maillet stylisé, attribut régulier de Sucullus). A Lugrin, a été mis au jour un bas-relief représentant un dieu tricéphale, dont l’identification reste incertaine.
Plus riche apparaît le panthéon gallo-romain, illustré par l’observation de César, qui fait de Mercure et de Mars les divinités les plus populaires de la Gaule et en particulier en Savoie (Bell. Gall., 6, 17). Divinité omnipotente, Mercure est le grand dieu viennois que l’épigraphie et l’archéologie confirme pleinement tant en Savoie (Châteauneuf, Bourget-du-Lac, etc...) qu’en Haute-Savoie (Annecy, Saint-Félix, Groisy et Villaz où il est associé à sa parèdre Maïa). De nombreuses statuettes du dieu, de facture peu élaborée, ont été retrouvées.
Quinze occurrences épigraphique du dieu Mars sont attestées en Savoie. En Haute-Savoie, mentionné seul, à Annemasse, à Annecy, à Thyez, à Ville-La-Grand, il est associé une fois à Jupiter, à Douvaine. Dans le département de la Savoie, cinq inscriptions (au Pont-de-Beauvoisin, à Ruffieux, peut-être à la Chapelle-du Mont-du-Chat, à Brison-Saint-Innocent, à Saint-Alban-Leysse) font état d’un culte à cette divinité. Dieu protecteur de la cité de Vienne, mais surtout des simples particuliers, il est le seul dans la cité de Vienne à faire l’objet d’un culte municipal officiel (flaminat de Mars) réservé à de hauts personnages, généralement des magistrats municipaux. Une inscription de Passy mentionne Marcus Arrius Gemellus, magistrat de Vienne (duumuir aerari) et flamine de Mars. En déclin à partir de la fin du Ier siècle, ce culte disparaît dans le courant du IIIe siècle en cédant la place à Mercure (Fr. Bertrandy, RAN 33, 2000, p.125-148).
Troisième divinité importante, Jupiter Optimus Maximus est mentionné à Annecy-Le-Vieux, à Chavanod, à Gruffy. Dans ces trois cas, ce Jupiter est probablement plus un Jupiter gallo-romain que le dieu du Capitole à Rome. Il apparaît associé à Mars, à Douvaine, à Junon et à Minerve à Aime, à Aix-les-Bains, à Belmont-Tramonet, aux Échelles, à Saint-Pierre-d’Albigny.
Honorés essentiellement par les autochtones, ces dieux doivent être considérés comme des divinités gallo-romaines, tout comme Apollon qui apparaît plutôt comme un dieu guérisseur auquel est ajoutée l’epiclèse Virotutis, à Annecy et à Groisy où encore à Gilly, Grésy-sur-Isère, La Rochette et à Ruffieux. Castor et Pollux sont attestés ensemble à Annecy, Castor auguste, seul, à Duingt. A Seyssel, plus significative encore sont les dédicaces offertes à Pollux, associé à Vintius le dieu indigène local.
Les nombreuses statuettes en bronze de ces divinités, auxquelles il faut joindre Hercule, mises au jour en Savoie et en Haute-Savoie, illustrent leur popularité et surtout la piété simple des populations.
Attestés par l’archéologie et par l’épigraphie, quelques sanctuaires peuvent être signalés : celui de Faverges, dégagé en partie entre 1988 et 1993, comprenant une cour, un fanum, de nombreuses constructions, mais dont on ne sait à qui il était voué ; celui de Passy, consacré à Mars, fréquenté par les magistrats de la cité de Vienne qui y ont laissé des dédicaces; celui d’Annecy que vient de révéler une inscription ; celui du col du Chat, affecté à Mercure et Mars ; celui de Châteauneuf, révélé par les fouilles entre 1978 et 1986, consacré à Limetus-Mercure ; celui de Jupiter au col du Petit-Saint-Bernard ; ceux de Vintius-Pollux dans la région de Seyssel (Vens et Hauteville).
Peu nombreux sont les témoignages se rapportant au cuite des divinités orientales en Savoie. Il faut signaler l’autel métroaque anépigraphe de Conjux, une inscription de Moûtiers associant la Mère des dieux aux puissances divines des Augustes et aux Matronae Saluennae. Mithra était peut-être honoré à Lucey. Enfin un très beau buste en argent de Jupiter Dolichenus, mis au jour au col du Petit-Saint-Bernard, est conservé au musée d’Aoste.
Vers 450, le premier évêque de Tarentaise s’installe à Moûtiers tandis que la première église attestée en Haute-Savoie, à Annemasse, est consacrée, en 516.
Expression du loyalisme des habitants de l’Empire romain au souverain, garant de la victoire et donc de la paix qui engendre la prospérité, le culte impérial introduit au début de l’Empire en Narbonnaise, à trouvé une grande audience en Savoie, chez les Allobroges comme chez les Ceutrons.
En Haute-Savoie, les inscriptions ne mentionnent jamais le nom du souverain à qui on s’adresse, mais plutôt son numen, c’est-à-dire la " puissance divine " qui se dégage de sa personne, à Alex, à Annecy-le-Vieux, à Meythet, et en Savoie aussi à Aime, à Moûtiers, à Ruffieux, associé à Apollon.
Dans le département de la Savoie, les inscriptions s’adressent nommément à l’empereur, Auguste à Aime, Caligula à Saint-Jean-de-la-Porte, Nerva, Élagabal ou Sévère Alexandre, Carus et ses fils à Aime. D’autres textes ont été gravés pour la sauvegarde (Pro salute) de l’empereur Claude (?) et de Vespasien (?) à Aime, de Trajan à Albens, de Commode à Gilly-sur-Isère, sans oublier les graffiti en faveur de Néron et à la déesse Rome à Châteauneuf.
Deux inscriptions mentionnent une flaminique de la province de Narbonnaise, à Sales (Haute-Savoie) et une flaminique impériale de la cité de Vienne. Trois seuiri Augustales sont enfin attestés en Savoie.
Symbole d’une croyance de la survie de l’âme dans l’au-delà, le culte des dieux Mânes, ainsi que l’attestent les épitaphes, a été introduit dès la seconde moitié du Ier siècle en Gaule. Mais à partir de la seconde moitié du IIe siècle, aux dieux Mânes, est adjointe la mention à la mémoire éternelle (memoria ou quies aeterna) qui précise davantage la croyance à une autre vie dans l’au-delà.
1. La conquête et l’organisation administrative
1. 1 - La conquête du pays allobroge par les Romains
A partir de 125 avant J.-C., deux faits importants expliquent l’intervention romaine en Gaule méridionale. Le premier concerne la demande de secours aux Romains adressée par Marseille, dont les comptoirs côtiers sont menacés par le peuple des Salyens. Le second est représenté par l’influence grandissante du peuple des Arvernes, non seulement en Gaule chevelue, mais également en Gaule méridionale auprès de peuples comme les Voconces et les Allobroges qui devinrent leurs alliés.
Au début et dans l’été de l’année 121 avant J.-C., ces derniers furent vaincus à deux reprises, tout d’abord au confluent du Rhône et de la Sorgue par le consul Cnaeus Domitius Ahenobarbus, puis au confluent du Rhône et de l’Isère par le consul Quintus Fabius Maximus. A cette date, les Allobroges perdirent leur indépendance et leur territoire fut intégré dans la Prouincia.
Cependant la pacification n’était pas achevée. A maintes reprises, en effet, en raison de la rapacité de gouverneurs romains indélicats, tels Fonteius, Calpurnius Piso ou Murena, et de l’échec de leurs ambassades à Rome, notamment au moment de la conjuration de Catilina (63 avant J.-C.), les Allobroges, associés à d’autres peuples comme les Voconces, les Volques Arécomiques ou les Rutènes, se révoltèrent contre l’autorité romaine. Chaque fois ils furent vaincus : par Pompée en 73-71, par Caius Calpurnius Piso en 63, par le proconsul Caius Pomptinus en 61, qui triompha alors d’une grande figure allobroge, Catugnat. C’est seulement à partir de cette date, que le peuple allobroge accepta de se soumettre définitivement à Rome et de se doter d’une nouvelle capitale, Vienne.
La cité des Allobroges servit alors fidèlement de base arrière à Jules César, d’abord contre les Helvètes, puis, lorsqu’il entreprit la conquête de la Gaule chevelue.
l. 2 - L’organisation du territoire conquis

- Les limites de la cité de Vienne (carte)
Parmi les vingt cités composant la nouvelle province (Prouincia), la cité des Allobroges, devenue la cité de Vienne, était la plus vaste. Elle comprenait la plus grande partie des deux départements de la Savoie, une petite portion méridionale du canton de
Genève, la partie septentrionale du département de l’Isère, l’extrême nord des départements de l’Ardèche, jusqu’au Doux, et de la Drôme jusqu’à la hauteur de Pont-de-l’Isère, soit un espace compris en gros entre le Lac Léman, le Rhône, la chaine de Belledonne, le Beaufortin et le massif du Mont Blanc. A l’est enfin, les limites actuelles de la Haute-Savoie correspondent en gros au domaine affecté aux Nantuates et aux Véragres de part et d’autre du Rhône dans le Valais. Si les Allobroges ont contrôlé des terres sur la rive droite du Rhône en amont de Lyon, ce n’est que dans le voisinage de Genève qui faisait partie de leur territoire. Il n’est pas exclu cependant qu’ils aient possédé ponctuellement des propriétés en territoire ambarre, dans la région de Saint-Vulbas (Ain), où l’épigraphie mentionne, au début du IIIe siècle, un décurion de la cité de Vienne (CIL XIII 2453).

- La colonie
Elevé au rang de colonie latine par César, avec une déduction de colons, entre 46/45 et 36 avant J.-C., le territoire allobroge présentait donc un population mixte de citoyens romains, inscrits dans la tribu Voltinia, et d’indigènes. Ce statut accordait aux magistrats de la cité l’obtention de la citoyenneté romaine à leur sortie de charge. C’est à ce moment-là également que les Allobroges, dont le nom n’apparaît plus dans les sources épigraphiques de cette période, s’appelèrent les Viennenses. Ils bénéficiaient d’une certaine autonomie administrative avec un conseil des décurions et un collège de quatre membres chargés de dire le droit (IIII uiri iure dicundo), ce qui était le propre de toute colonie latine.
Une autre étape fut franchie, soit en 39/40, sous Caligula, soit au début de règne de Claude (41-54) quand la cité de Vienne fut promue au rang de " colonie romaine honoraire ". Tous les habitants libres de la cité obtinrent alors le droit de cité romaine. Le territoire fut non seulement administré par un conseil des décuvions, mais aussi par trois collèges principaux de magistrats : les duumvirs pour dire le droit (II uiri iure dicundo), les duumvirs chargés du trésor (II uiri aerarii), et les triumvirs chargés de la surveillance et de l’entretien des lieux publics (III uiri locorum publicorum persequendorum).
Dès le règne de Tibère ou celui de Caligula, la cité de Vienne reçut un dernier privilège, le droit italique (ius italicum) qui assimilait son territoire au sol italien et l’exemptait de l’impôt foncier.

- Les magistrats de la colonie
L’épigraphie de la Savoie atteste l’existence de magistrats de la première et de la seconde constitution de Vienne, appelés à siéger au chef-lieu de la cité.
A la première époque appartient Caius Passerius Afer dont le nom apparaît sur un texte mutilé de Frangy (CIL XII 2566=ILHS, 62), en tant que tribun des soldats de la XXIIe légion [Deiotariana]. Le personnage est connu par deux inscriptions de Vienne qui retracent l’ensemble de sa carrière (CIL XII 1872-1873). Outre son tribunat en Egypte, sa fonction de quattuoruir iure dicundo, ses flaminats du divin Auguste et de Germanicus César, il avait revêtu la préfecture des ouvriers à trois reprises. Elle lui ouvrait l’accès aux fonctions équestres. L’inscription est datée du règne de Tibère et donc antérieure au changement de constitution de Vienne. Passerius Afer devait avoir des propriétés dans cette région de Frangy. De même, il faut évoquer le quattuorvir Sextus Decidius [---], dont l’épitaphe, retrouvée à Saint-Alban-Leysse (CIL XII 2430), est datée de la première moitié du Ier siècle.
Les autres inscriptions, épitaphes ou inscriptions honorifiques, relèvent toutes de la seconde constitution de Vienne.
- Ainsi sont attestés pour la Haute-Savoie quatre duouiri iure dicundo, à Annecy (CIL XII 2537=ILHS, 9 texte mutilé), Titus Riccius Fronto à Allinges (CIL XII 2583=ILHS, 31), Aulus Isugius Vaturus et Marcus Arrius Gemellus à Passy (CIL XII 2349=ILHS, 79 et AE 1934, 168=ILHS, 81). A Passy et à Seyssel, sont mentionnés, deux duouiri iure dicundo qui furent également triumuiri locorum publicorum persequendorum, Lucius Vibius Vestinus (CIL XII, 2350=ILHS, 80 ) et Caius Marius, D(ecimi) f(ilius) (AE, 1904, 14=ILHS, 98). Si Aulus Isugius Vaturus, Lucius Vibius Vestinus et Marcus Arrius Gemellus doivent être considérés comme des visiteurs du sanctuaire de Mars à Passy, on pense que les trois autres personnages (ILHS, 9, 31, 98) devaient résider sur place, sur leurs domaines, et se rendre à Vienne pour y exercer périodiquement leur fonction municipale.
Ce sont encore quatre duouiri iure dicundo qu’il faut citer en Savoie : Titus Pompeius Albinus à Montmélian (CIL XII 2327), [---] Taurinus à Grésy-sur-Isère, qui fut aussi triumuir locorum publicorum persequendorum (CIL XII 2337), Sextus Iulius Senior à Albertville (CIL XII 2346), peut-être Sextus Decidius [---] à Notre-Dame-des Millières (CIL XII 2324, perdue), mais rien n’est moins sûr dans ce cas précis.
- Deux duumuiri aerarium, peut-être apparentés, doivent être encore mentionnés. Il s’agit de Lucius Iulius Iulianus et Lucius Iulius Martius à Fréterive (CIL XII 2333, 2334).
- Un quaestor n(ummorum) p(ublicorum) Marcus Arrius Gemellus apparaît à Passy (AE, 1934, 168=ILHS, 81), poste que l’on doit rapprocher de celui de quaestor rei publicae.
Il reste à évoquer encore l’inscription de Douvaine (CIL XII 2580=ILHS, 57) qui mentionne D(ecimus) lul(ius) Capito, probablement à identifier avec un personnage homonyme attesté par trois inscriptions de Vienne (CIL XII 1855, 1869, 1870) et une de Genève (CIL XII 2613). Il a parcouru une carrière mixte, municipale à Vienne, en tant qu’augure, duumuir aerarii, flamine de Mars, triumuir locorum publicorum persequendorum, flamine de la Jeunesse, et équestre, qui l’a conduit jusqu’à la procuratèle ducénaire d’Asturie et Galice à la fin du règne de Trajan.

- L’Antiquité tardive
Au lendemain de la " crise " qui frappa l’Empire au IIIe siècle, mais pendant laquelle se maintinrent les institutions municipales, la réorganisation administrative voulue par Dioclétien (284-305) eut des répercussions dans la cité de Vienne. Ainsi fut créée la province de Viennoise et les deux agglomérations de Genève et de Grenoble furent élevées au rang de cité de plein exercice. Le territoire de la cité de Genève, par exemple, engloba alors la plus grande partie de la Haute-Savoie, jusqu’au Val d’Arly ainsi que vraisemblablement l’Albanais et une bonne part des Bauges en Savoie. Les centres d’Annecy et d’Albens (Albinnum en Savoie), dépendaient donc de Genève élevée alors au rang de colonie, tandis que la partie méridionale de la Savoie fut affectée à la cité de Grenoble.

- Les pagi et les uici
A l’intérieur de la cité de Vienne existait une administration locale de districts, appelés pagi et d’agglomérations secondaires, les uici. Le pagus, héritier de la circonscription tribale gauloise, répondait à une unité territoriale utilisée par l’administration romaine pour effectuer les opérations du cens et la perception de l’impôt.
On a conservé le souvenir de cinq pagi, trois situés en Savoie, dont les noms sont abrégés tant ils étaient connus des habitants. Ce sont le pagus Dia(nensis ou -nae), qui devait s’étendre entre le Rhône et le lac d’Annecy, identifié par deux inscriptions lacunaires, à Hauteville et Seyssel, le pagus Apollin(is ou -ensis), si on accepte la lecture de l’inscription d’Annecy (CIL XII 2526=ILHS 2) et le pagus Valer(ius ou -ianus) autour du confluent Isère-Arly. Deux pagi sont signalés en Isère, le pagus Oct(---) entre Aoste et Vienne, le pagus Atius ? près de Grenoble : [---]ius Clemens [praefect]us pagi Ati.
A la tête des pagi, l’épigraphie rapporte l’existence de préfets (praefecti) nommés que par l’administration municipale de Vienne, tel Titus Valerius Crispinus, prêtre de Ventius, préfet du pagus Dia(---) (Hauteville, Haute-Savoie), ou Sextus Iulius Senior, préfet du pagus Vale(---), dans la région d’Albertville. Trois autres sont plus hypothétiques, Quintus Catius Bellicus et un anonyme sur des textes mutilés de Seyssel, et Gaius Ateius Peculiaris à Annecy.
En revanche, aux agglomérations nommément désignées ainsi par l’épigraphie doit être réservé le terme de uicus. Ce sont le uicus Albinensium (Albens et Marigny-Saint-Marcel), le uicus Se(---), situé dans la région de Brison-Saint-Innocent, celui d’Annecy, sur un texte fragmentaire de Meythet qui mentionne des uicani Bo[utarum]), le uicus Augustanorum (Aoste, Isère), le uicus Cularonensis, le uicus Genauensium, le uicus Rep(---) non localisé (près de Vienne). Mais à cette liste, sans qu’il y ait jusqu’à présent d’attestation épigraphique de son existence, il faut peut être ajouter un nouveau uicus sur le territoire de la commune de Gilly-sur-Isère (Savoie), où les vestiges d’une vaste agglomération rurale ont été mis au jour.
Bien que riches en témoignages archéologiques, des centres comme Seyssel (Condate) et Faverges (Casuaria) ne sont que des étapes sur des itinéraires routiers (Itinéraire d’Antonin, 347 ; Table de Peutinger, II, 1). Etablies dès le début de l’Empire, d’autres petites agglomérations, Annemasse (Adnamatia), Thonon (nom antique inconnu), Thyez dans la vallée de l’Arve ou Rumilly. Dans l’Antiquité, la plus grande partie des terres couvertes aujourd’hui par les départements savoyards était donc sous la dépendance des Allobroges.
1. 3 - La partie orientale des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie : le domaine des Ceutrons et le royaume de Cottius

- Les Ceutrons
Avant la conquête romaine, les Ceutrons occupaient la vallée de l’Arly à l’est de la chaîne des Aravis et le cours supérieur de l’Arve, la vallée du Doron de Beaufort, la Tarentaise, les deux versants du col du Petit-Saint-Bernard. Il semble que César soit à l’origine de l’entrée des Ceutrons dans l’influence romaine, grâce à ses bonnes relations avec Donnus, un chef local de Suse (Segusio). Puis après une période de protectorat, qui leur assurait une certaine autonomie, Auguste annexa leur territoire qu’il plaça sous contrôle militaire. Sous le règne de Claude ou de Néron, les districts alpins furent transformés en provinces impériales équestres et le territoire des Ceutrons devint la province des Alpes Graies, avec pour capitale Axima (Aime), l’ancienne capitale indigène, devenue Forum Claudii Ceutronum). Les habitants de la province reçurent le droit latin.
Au Ier siècle de notre ère, l’épigraphie atteste que les relations entre les Allobroges et les Ceutrons furent souvent conflictuelles et qu’elles portèrent certainement sur l’utilisation des alpages. Ainsi ont été retrouvées trois bornes frontières à la limite des communes de La Giettaz et de Cordon sur lesquelles était gravé le mot FINES " limites ", destiné à matérialiser " la frontière " entre les Ceutrons et les Allobroges : au col du Jaillet, sous le col de l’Avenaz et au col du Petit Croisse-Baulet. Mais la borne la plus significative a été mise au jour à Passy, sur le versant occidental du col de La Forclaz-du-Prarion (CIL XII 113=ILHS 82). A la suite probablement de nouvelles tensions entre les deux communautés, le légat propréteur de l’armée de Germanie, Cnaeus Pinarius Cornelius Clemens, fut envoyé, au cours de l’année 74, par l’empereur Vespasien pour fixer définitivement les limites entre les deux peuples qui appartenaient à deux provinces différentes. Il semble alors que la haute vallée de l’Arve, qui avait appartenu jusque-là aux Allobroges, ait été détachée de la cité de Vienne lors de cette opération de bornage, avec une constatation : à la cité de Vienne étaient affectés les vallées et les piémonts, aux Ceutrons était réservée la montagne.
On a voulu mettre cette opération de bornage en liaison avec la création de la province unifiée des Alpes Graies et Pennines, car elle favorisait ainsi " un cheminement direct, et relativement aisé entre Aime et Martigny par les cols du Bonhomme, de la Forclaz de Prarion, de Balme et de la Forclaz de Trient ", c’est-à-dire sur la pente occidentale du massif du Mont-Blanc. Mais rien n’est moins sûr, car les querelles à propos de la propriété des alpages perdurèrent pendant tout le Moyen Age.
Il est certain, en revanche, que les Alpes Graies changèrent de nom, à l’extrême fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, pour adopter celui d’Alpes Atréctiennes. À une époque encore débattue (soit fin Ier siècle, soit au début du règne de Septime Sévère), les deux provinces procuratoriennes des Alpes Atréctiennes-Graies et des Alpes Poenines, correspondant au Valais suisse, furent regroupées en une seule entité administrative. D’après une inscription récente (ILAIpes Graies 1, 28), Titus Flavius Geminus pourrait être le premier gouverneur connu des deux province unifiées, si cette fusion date du règne de Septime Sévère.
Au IVe siècle, Moutiers (I) se substitua à Aime pour devenir la capitale des deux provinces unifiées et, au siècle suivant, elle fut le siège d’un évêché dépendant d’Arles.

- Le royaume de Cottius
Lorsqu’il négocia le passage du col du Montgenèvre avec Donnus, le roi de la région de Suse (Segusio), César lui accorda la citoyenneté romaine et le contrôle des deux versants des Alpes dans ce secteur. Un moment tenté de rejeter la tutelle romaine, le successeur de Donnus, Cottius préféra l’alliance romaine, matérialisée par un traité (foedus), pour conserver l’autorité sur les tribus alpines héritées de son père. Ce choix est illustré par l’arc à une baie de Suse érigé en 9-8 avant J.-C., sur l’attique duquel est gravée une inscription en l’honneur de l’empereur Auguste qui rappelle le nom des quatorze peuples sous la dépendance de Cottius, fils du roi Donnus (CIL V 7231).
Le territoire qu’il administrait avec le titre de praefectus Ceiuitatium (sic) peut être délimité avec une certaine précision. Sur le versant italien le royaume comprenait le Val de Suse jusqu’à la hauteur d’Avigliana ; sur le versant français, il était limité au sud-est par les vallées de la Tinée, de la Vésubie et de l’Ubaye, au sud-ouest par la vallée de l’Avance, entre Gap et l’actuelle lac de Serre-Ponçon. A l’ouest, la haute vallée de la Durance, l’est du massif des Écrins, les vallées de la Guisane et de la Maurienne, probablement jusqu’à Aiton, faisaient partie du domaine de Cottius. Au nord, la chaine de Belledonne devait servir de limite avec le territoire des Allobroges. Il importe donc de constater que la vallée de la Maurienne, domaine des Médulles pour la haute vallée et des Graiocèles pour sa partie inférieure, était intégrée au royaume. Mais sur l’arc de Suse seuls les Médulles sont attestés. À la mort de Cottius II, fils de Cottius Ier, sous le règne de Néron, le royaume fut transformé en province procuratorienne, les Alpes cottiennes, gouvernée par un chevalier et les habitants reçurent le droit latin. Cette dernière conserva ces limites jusqu’à la fin de l’Antiquité. Créé aux environs de 574 par Gontran, roi de Bourgogne, l’évéché de Maurienne, qui recouvrait pour l’essentiel le territoire de la province, dépendait alors de Turin. Mais du VIe au XIe siècle, son siège fut installé à Saint-Jean-de-Maurienne
2. Le réseau routier
En Savoie, le réseau routier antique est dépendant de l’importance du rayonnement de Vienne, chef-lieu de la cité. Les voies partent de Vienne et se dirigent vers les grands centres de son territoire et traversent la Savoie pour gagner l’Italie et Rome. Mais le réseau routier de la cité de Vienne n’est pas une création ex nihilo issue de la domination romaine. Bien au contraire, il est la pérennisation d’habitudes de circulation établies de longue date par les populations allobroges et celles des autres peuples, avec qui elles étaient en relation tels les Helvètes, ou les Nantuates, les Véragres et les Sédunes du Valais, les Ceutrons de Tarentaise, les Médulles de Maurienne, les Voconces, les Helviens, les Ségusiaves, voire les Ambarres et les Séquanes de la rive droite du Rhône, en amont de Lyon ; ce sont donc de vieux itinéraires, au moins celtiques, sinon antérieurs, qui irriguent le territoire viennois et auxquels vont s’ajouter les constructions nouvelles ou les aménagements réalisés par les Romains.
2. 1 - Les itinéraires protohistoriques
On distingue deux axes anciens principaux :
- La voie qui reliait Vienne à Augusta Praetoria (Aoste) par Bergusium (Bourgoin), Augustum (Aoste, Isère), la chaîne de l’Épine, Lemincum (Chambéry), la combe de Savoie, la Tarentaise et le col du Petit-Saint-Bernard. La avec l’aide des cartes IGN, G. Chapotat, s’est efforcé de démontré la réalité de l’itinéraire qui occupe souvent les lignes de crête, notamment entre Bourgoin et Aoste, à l’abri des marais ou des crues. Le tracé est très détaillé entre Aoste et Chambéry dans l’approche de la montagne de l’Épine et il pourrait être confirmé par les découvertes numismatiques faites sur son parcours. Ce sont en effet les monnaies gauloises mises au jour à Faverges-de-la-Tour, à 7 kilomètres à l’ouest d’Aoste, ou le trésor du col de la Crusille (plus de 300 monnaies, dont au moins 94 monnaies gauloises), près de Gerbaix. Il y avait là incontestablement une voie de passage fréquentée avant et au début de la domination romaine.
- La voie qui, venant d’Aoste (Isère), gagnait Seyssel (Haute-Savoie), remontait la rive gauche du Rhône, puis empruntait la rive sud du Lac Léman pour rejoindre le Valais.
2. 2 - Les voies principales
Deux voies reliaient Vienne à l’Italie et un troisième itinéraire longeait, à quelque distance, la rive sud du Lac Léman. Comme on l’a vu précédemment, il s’agit de vieux tracés prohistoriques sur lesquels on ne relève pas de bornes milliaires avant la Tétrarchie (284-305). Ce qui incite à penser que la reprise en main politique, après la " crise " du milieu du IIIe siècle, s’est accompagnée, particulièrement dans l’est de la cité de Vienne, d’une possible réfection des routes, mais certainement aussi d’une manifestation de loyalisme des populations à l’égard du pouvoir impérial qui, en écartant momentanément la menace germanique, a restauré la paix.
Au demeurant l’Empire avait besoin d’axes de circulation reliant commodément l’Italie à la Gaule, et par delà les vallées alpines, l’Italie aux Germanies et au limes rhéno-danubien. La construction de voies nouvelles ou la réfection de celles plus anciennes relèvent donc d’une stratégie défensive. Pour les deux voies empruntant les cols alpins, selon la documentation, on s’aperçoit que l’œuvre commencée par Dioclétien (milliaire de Chignin) a été poursuivie par ses successeurs et notamment par Constantin.
- La voie Vienne-Augusta Praetoria par Augustum (Aoste), la vallée de l’Isère et le col du Petit-Saint-Bernard.
A l’aide de l’Itinéraire d’Antonin, de la Table de Peutinger et de la toponymie, il est possible de reconstituer dans une large mesure le parcours de cette voie. L’itinéraire connu, au départ de Vienne, se dirige vers Bergusium (Bourgoin), les hauteurs qui dominent la Tour-du-Pin, La Bâthie-Mongascon pour atteindre Augustum (Aoste).
Entre Aoste et Chambéry, le tracé emprunté par la voie est incertain. Grâce à la Table de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin, on dispose de la mention d’une étape, mal localisée cependant, Labisco à XIV milles d’Aoste, soit 20, 720 kilomètres. On a proposé de placer Labisco soit à Lépin-le-Lac, au bord du Lac d’Aiguebelette, soit aux Échelles, au sud ouest du Lac d’Aiguebelette, tous deux à égale distance d’Aoste.
De Labisco vers Lemincum (Chambéry), soit XIIII milles (20, 720 kilomètres) selon la Table de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin, la voie doit franchir la chine de l’Épine. Si l’on retient Les Échelles comme point de passage, l’itinéraire devait emprunter le tracé actuel de la RN 6 par le col de Couz (626 mètres), pour rejoindre enfin Chambéry. L’autre itinéraire imposait l’ascension de la chaine de l’Épine à plus de 900 mètres d’altitude soit par le col du Crucifix (915 mètres), soit par le col Saint-Michel (903 mètres). En l’état actuel de la documentation, il est difficile de trancher entre ces deux itinéraires.
De Chambéry, la voie gagnait Montmélian, c’est-à-dire la vallée de l’Isère. À Barby, à la sortie orientale de Chambéry, a été reconnu l’emplacement de l’ancienne voie romaine. Un témoin incontestable du tracé entre ces deux cités a été fourni récemment par le milliaire de Dioclétien, découvert à Chignin, même s’il ne peut être considéré comme étant en place (AE 1993, 1158). Elle devait retrouver à la hauteur de Montmélian-Francin-Arbin la voie venant de Grenoble (Cularo). Mais le paysage de la contrée a été grandement modifié, en 1248, par le glissement de terrain du Granier qui a effacé irrémédiablement les traces du passage d’une voie antique.
Dans la combe de Savoie, la route remontait la rive droite de l’Isère à l’abri des crues de la rivière et des zones instables. Elle quittait le territoire de la cité de Vienne à la hauteur de Tours-en-Savoie, pour emprunter, en pays ceutron, la vallée de la Tarentaise. et le col du Petit-Saint-Bernard (Alpis Graia).
- La voie Vienne-Augusta Praetoria (Aoste) par Cularo (Grenoble), la vallée de l’Isère, Montmélian, ad Publicanos, la vallée de la Tarentaise et le col du Petit-Saint-Bernard.
Au-delà de Grenoble, la route antique remontait la vallée de l’Isère, par le Grésivaudan rive droite, la Combe de Savoie et la Tarentaise. Elle devait rejoindre la voie venant de Lemincum à la hauteur de Montmélian-Francin-Arbin.
- La voie Vienne-Genève
Elle emprunte le tracé déjà évoqué, en direction d’Augustum (Aoste) et de Lemincum (Chambéry). Après Aoste, selon la Table de Peutinger, sont attestées les étapes d’Etanna (Étain ou Yenne ?), à XII milles d’Aoste, soit 17, 760 kilomètres, et de Condate (Seyssel), à XXI milles d’Etanna, soit 31, 080 kilomètres. Entre ces deux sites, la voie suit la montagne au plus près, sur la rive gauche du Rhône, traverse la Chautagne, jusqu’à Seyssel. De là, ainsi que l’indique la Table de Peutinger, la distance jusqu’à Genève est de XXX milles, soit 44, 400 kilomètres.
Une voie secondaire reliait Seyssel à la sortie amont du défilé de l’Écluse, où les marchandises qui étaient arrivées jusque-là par portage, en raison de la perte du Rhône dans le secteur ennoyé depuis par la construction du barrage de Génissiat, pouvaient à nouveau emprunter le cours du fleuve pour atteindre Genève.
2. 3 - Les voies secondaires
Elles quadrillent tout particulièrement l’est de la cité de Vienne et leur étude a été faite à maintes reprises.
- La transversale Genève-ad Publicanos et le col du Petit-Saint-Bernard
Cette voie n’est attestée que par l’Itinéraire d’Antonin : " A Mediolano per Alpes Graias, Argentorato..., Darantasia (Moutiers), Casuaria (Faverges), Bautas (Annecy), Genaua... " (347, 10-12).
Ainsi Genève était reliée à la Tarentaise par une voie qui passait par le uicus de Boutae (Annecy), au nord duquel devait être érigée la borne milliaire marquant le XXIII mille, compté depuis Genève, au nom de Constantin (ILHS, 118, milliaire conservé à Veyrier-du-Lac). La voie ensuite empruntait la rive gauche du lac par Sévrier, où ont été découverts un milliaire de Constantin et des vestiges de la voie, puis Saint-Jorioz, le territoire de la commune, puis par Casuaria (Viuz-Faverges), la cluse de Faverges et le val d’Arly, la route atteignait ad Publicanos pour s’engager soit dans la Tarentaise en direction du col du Petit-Saint-Bernard, soit dans la combe de Savoie sur la voie venant d’Italie. La distance donnée par l’Itinéraire d’Antonin entre Boutae et Casuaria est de XXX milles, soit 44, 400 kilomètres.
- La voie d’Aix-les-Bains (Aquae) à Seyssel (Condate)
D’Aix-les-Bains, une route gagnait l’Albanais et le uicus Albinnensium, puis elle se dirigeait par Rumilly. Dans les gorges du cours d’eau, en 1848, son tracé avait été relevé sur plus de quatre kilomètres. La construction de la route moderne sur l’emprise de la voie antique en a fait disparaître souvent le témoignage. Cependant des vestiges significatifs de la voie romaine, taillée dans le rocher ou soutenue par des hauts murs de pierres sèches, des traces d’ornières et de rayures anti-dérapantes sur la chaussée subsistent à proximité des deux tunnels de la route moderne quand on vient de la vallée du Rhône.
Sur le cours supérieur du Fier, entre Thônes et Annecy, sur sa rive droite, à l’entrée d’une gorge étroite est conservée une section de voie romaine, taillée dans la paroi de la montagne par un particulier Lucius Tincius Paculus qui a laissé son nom gravé dans le rocher " L(ucius) Tincius / Paculus / peruium fecit ".
- La voie d’Annecy (Boutae) à Aix-les-Bains (Aquae)
Le tracé de cette voie a fait l’objet en son temps de reconnaissances sur le terrain et d’une tentative de reconstitution. Elle quittait Annecy en direction de Seynod, puis gagnait Gruffy et Cusy, après avoir franchi le Chéran en un point inderterminé. En empruntant le tracé actuel de la D 911, la voie atteignait alors Aix-les-Bains par les gorges du Sierroz et Grésy-sur-Aix.
- La voie de l’Arve
Depuis Genève, pour gagner le Valais et le col du Grand-Saint-Bernard, deux routes étaient possibles. Sans que l’on dispose d’éléments significatifs, la première devait remonter le cours de l’Arve, sur sa rive droite, au moins jusqu’à Thyez, un peu à l’écart du lit du torrent en raison de ses crues violentes. Si l’on en croit le bornage délimitant le territoire des Viennois de celui des Ceutrons entrepris sous son règne, l’aménagement de cette voie remonterait à Vespasien. La seconde route était constituée par la vieille piste protohistorique au sud du lac Léman (voir infra).
On peut envisager un tracé, qui remonte la rive droite du cours d’eau jusqu’à Thyez. Sur ce site, la découverte d’une voie dallée se dirigeant vers l’Arve (accès à un pont ou à un embarcadère ?), datée de la fin du Ier siècle ou du début du IIe siècle, pourrait laisser envisager que la voie traversait alors l’Arve, pour remonter la vallée sur la rive gauche. De Thyez, par Cluses, Luzier, Réninge ou par Sallanches, la voie arrivait à Passy et son sanctuaire de Mars. Ensuite, par le col des Montets, la vallée de l’Eau Noire et du Trient, elle descendait sur Martigny (Octodurus-Forum Claudii Vallensium).
- La voie au sud du lac Léman
Ainsi qu’en témoignent trois bornes milliaires (d’Annemasse, de Crévy, de Monthey dans le Valais) érigées aux deux extrémités de cette voie, les Romains ont repris le vieux chemin protohistorique qui longeait à une certaine distance la rive sud du lac Léman. La construction de cette route pourrait avoir été commencée par Dioclétien et Maximien (milliaire de Monthey), à partir du moment où Genève, tout comme Grenoble se sont constituées en cités autonomes et s’être achevée sous les deuxième et troisième tétrarchies (milliaires d’Annemasse). Ainsi s’explique que cette route ne soit mentionnée ni par l’Itinéraire d’Antonin ni par la Table de Peutinger. À Thonon, elle emprunte la vallée de la Dranse d’Abondance pour gagner le Pas-de-Morgins et rejoindre Tarnaiae (Massongex) et Forum Claudii Valensium (Martigny).
3. La vie économique
L’épigraphie est fort avare de renseignements sur la vie économique de la Savoie antique, mais l’archéologie permet de compléter quelque peu cette vision. Cependant aucune activité n’est bien spécifique à cette région dans l’Antiquité.
3. 1 - Les ressources naturelles
- Les mines
Les montagnes de la Savoie sont peu riches en gisements métalliques. En Tarentaise, est attestée l’exploitation du minerai de fer dont les gisements n’ont pas été encore repérés, mais dont la présence est reconnue dans les nombreux déchets de forge à Moutiers, à Aime, également à Portout, dans l’anse nord du Lac du Bourget ; le minerai de cuivre extrait dès le Ier siècle après J.-C. (Pline, HN, 34, 2), les mines de plomb argentifère à Pesey et à Macôt, déchets de fonderie de plomb à Châteauneuf. En Haute-Savoie, est relevée l’extraction de fer sidérolithique à Archamps, à Bossey, à Présilly (plutôt datée du Moyen Age), de fer, de cuivre et de plomb à Passy. C’est peu de choses, mais les métiers de la forge sont présents notamment à Annecy et à Faverges.
- les carrières
A l’époque romaine, le calcaire est le matériau le plus prisé et le plus abondant dans l’ensemble de la Savoie et, compte-tenu de la formation des Alpes, il apparaît nettement ou affleure sous un maigre couvert végétal. Son expoitation en est donc grandement facilité. On signale le calcaire à bâtir d’Aix-les-Bains ou d’Annecy (Crêt-du-Maure, Vovray), brêche rouge de Vimines, marbre noir de Saint-Pierre-d’Albigny, marbre de Villette (près d’Aime en Tarentaise).
Les carrières de calcaire en amont de Condate (Seyssel), sur le territoire des communes de Franclens et de Surjoux, sur les bords du Rhône, produisent " la pierre blanche de Seyssel ". Son transport vers Lugdunum, où elle est utilisée au Ier siècle après J.-C. dans les constructions de la ville et pour les monuments funéraires, est facilité par la présence du Rhône. Elle est également en usage à Genève, ce qui implique obligatoirement un transport terrestre, en raison de l’existence de la perte du Rhône en amont de Seyssel.
Mais il existe d’autres petites carrières à ciel ouvert qui fournissent des moellons de calcaire dur plus grossier, mais plus résistant tels le calcaire blanc sublithographique de Cruseilles, le calcaire noir (Purbeckien) de Giez. Pour les foyers, on extrait les molasses lacustres (Aquitanien) aux Barattes à Annecy-le-Vieux et des grès durs au Roc de Chère à Menthon, encore à la carrière des Voirons à Fillinges et de la Molière à Allinges.
3. 2 - L’agriculture
Les grandes agglomérations de Genève, Vienne et Lyon sont très certainement des débouchés convoités pour un certain nombre de produits agricoles allobroges.
Ainsi que l’indiquent des auteurs comme Pline l’Ancien et Vitruve, la forêt a été exploitée pour ses essences utiles au chauffage et à la construction (mélèze, épicéa, sapin, chataîgner, hêtre, frêne, etc ... ).
Dès le Ier siècle de notre ère, les cultures comme celle de la vigne occupaient une place importante. Ainsi que le rappelle Pline, il s’agit d’un plant appelé uitis allobrogica picata, cultivé sur le territoire de Vienne, à raisins noirs, qui donnait trois crus, le Sotanum, le Taburnum et l’Helueticum. Le uinum picatum à goût naturel de poix devait être produit dans la vallée du Rhône, en aval du Lac Léman (Pline, HN 14, 4, 18) et il est traditionnellement identifié à la mondeuse. Grâce à une inscription d’Aix-les-Bains qui évoque le don d’un bois sacré et d’un vignoble, l’épigraphie confirme l’existence de ce vignoble (AE, 1934, 165).
Les restes archéologiques de meules et d’outils viennent démontrer l’existence d’une culture céréalière, le fameux " blé de trois mois " connu dans toutes les Alpes (Pline, HN, 18, 12).
D’une façon générale, l’examen des dépotoirs antiques et de leurs macrorestes végétaux révèle que de nombreux arbres fruitiers étaient cultivés en Savoie (néflier, noyer, noisetier, pêcher, prunier, pommier entres autres).
A ces productions doivent être ajoutées les ressources de l’élevage et d’une économie de montagne qui font des alpages des zones convoitées entre Allobroges et Ceutrons. Il est ainsi attestée une petite vache, mais bonne laitière, avec le lait de laquelle était produit, le uatusicum ce fromage attribué aux Ceutrons (Pline, HN 11, 97).
Les fundi, propriétés de notables résidant dans les agglomérations où ils ont également le plus souvent des fonctions municipales, approvisionnent celles-ci en produits de subsistance (céréales, légumes, viande) et peut-être en bois de chauffage, indispensable pour la vie domestique et les ateliers, grands consommateurs de bois ainsi que certains édifices publics comme les thermes.
3. 3 - L’artisanat
En dépit d’une faible production minière, les métiers de la forge se sont néanmoins développés, car il faut des outils spécifiques à chaque corps de métier, ce qui pousse la recherche de nouveaux gîtes métallifères et l’association de spécialistes pour les premières opérations de traitement qui sont faites sur place, comme le montrent les imposants dépôts de scories sur la montagne du Salève. Les forges et fonderies de Boutae (Annecy) sont illustrées par la découverte de foyers, d’enclumes, pinces, marteaux et scories et on a relevé encore la présence d’un atelier de fibules à Casuaria (Faverges), en activité dès le début du Ier siècle après J.-C. De même, en Savoie, les restes de scories évoquées infra, en divers lieux sont significatifs d’une production artisanale qui visait l’autosuffisance.
3. 4 - Les activités commerciales
Même si une partie du trafic se fait par le Rhône, on comprend aisément que l’ancien réseau routier ait été aménagé, voire renouvelé et que des routes aient même été créées uniquement par l’accroissement du trafic qu’a occasionné la romanisation.
- Sur le plan local, à côté du commerce des matériaux de construction extraits des carrières évoquées plus haut, se développe celui des briques et des tuiles à partir, par exemple de la tuilerie d’Arcine qui alimentait Genève, celle de Bredannaz, sur le lac d’Annecy, ou encore celle de Bellecombe, commune d’Aigueblanche en Tarentaise, à vocation plus locale.
- Au plan des exportations, par l’intermédiaire du Rhône, comme on l’a vu plus haut, étaient envoyés des matériaux de construction et le bois, par flottage. À cela s’ajoutaient la vente du vin et de quelques produits agricoles.
- En ce qui concerne les importations, enfin, outre des marbres précieux provenant des régions voisines (Dauphinois, territoire des Ceutrons dans les Alpes Graies), voire de Carrare en Italie, que l’on a retrouvé notamment dans les fouilles d’Annecy, on a mis au jour aussi des minerais et du métal en lingot (fer, cuivre), comme en témoignent les lingots de cuivre retrouvés dans le lit du Rhône à Seyssel.
Cependant la céramique reste la production la mieux connue pour illustrer l’existence d’un commerce actif entre la Haute-Savoie antique, le reste de la Gaule et l’Italie. Quand ils ne sont pas fabriqués sur place, on importe des dolia, des amphores contenant du vin et de l’huile provenant d’Italie, de Narbonnaise, de Bétique, voire d’Orient. Ce trafic empruntait le Rhône jusqu’à Condate (Seyssel) avant d’être redistribuées en particulier en Haute-Savoie antique.
Du Ier au IIIe siècle, la céramique sigillée italienne (Arezzo), rutène, arverne est largement représentée en Savoie, avant d’être remplacée par des céramiques dites " luisantes ", dont les ateliers sont encore mal localisés, mis à part ceux de Thonon-les-Bains et d’Annecy (potier Martinus). Cette classe de céramique dite allobroge se caractérisait par les signatures des potiers sous le pied des vases et elle a été produite sur le territoire de la cité de Vienne, particulièrement en Savoie.
A partir du IIIe siècle, mais surtout aux IVe et Ve siècles, s’est développée dans l’anse nord du Lac du Bourget une véritable " zone industrielle " produisant des céramiques sigillées claires à vernis de type luisant, dont Portout fut le dernier grand foyer de production dans le deuxième quart du Ve siècle. En dehors de la Savoie, l’aire de rayonnement de cette céramique atteignait la vallée du Rhône et le sud de la Gaule.
4. La vie religieuse
Bien que difficiles à dater, à cause de leur formulaire souvent laconique, les témoignages épigraphiques fournissent quelques informations sur le panthéon honoré. L’archéologie a révélé l’existence de sanctuaires fréquentés par les indigènes, ou des gens de passage. Les nombreuses statues et statuettes découvertes sont également des indicateurs précieux sur les pratiques religieuses des habitants de la Savoie antique. Seules restent mal appréhendées les croyances religieuses de la vallée de la Maurienne.
4. 1 - Le panthéon indigène
* Les témoignages épigraphiques
Des divinités proprement locales sont attestées en Savoie. Unique mention en Gaule, Athubodua, une possible divinité des eaux est honorée sur un autel mal daté, à Mieussy (Haute-Savoie).
Dans la vallée du Fier, Vintius était mentionné sur trois et peut-être quatre inscriptions, à Hauteville, datée probablement du Ier siècle et à Seyssel. Au vu des épithètes qui l’accompagnent, cette divinité semble avoir fait l’objet d’une interprétation et d’un culte complexes. Le texte d’Hauteville présente, en effet, la particularité d’être dédié à Auguste Vintius, alors que dans la cité de Vienne l’épithète auguste a plutôt tendance à être placée après le nom de la divinité. Il est probable qu’il s’agit ici d’une association du culte impérial au culte de ce dieu. Auguste devrait être le nom de l’empereur non défini personnellement plutôt que l’évocation de l’empereur Auguste. A Seyssel, en revanche, le dieu gaulois commence à s’identifier à son homologue romain Pollux avec, cependant deux formulations différentes : Vintius Auguste Pollux (Ier siècle ?) et Deus Vintius Pollux (seconde moitié du IIe siècle). Vintius-Pollux devait être non seulement une divinité des eaux, protectrice des bateliers, mais encore le dieu protecteur du pagus Dia..., mentionné à Hauteville, ou Titus Valerius Crispinus était sacer(dos) Vinti et préfet du pagus.
Pour le département de la Savoie, les témoignages épigraphiques sont plus abondants. En Tarentaise, il faut mentionner Aximus, le dieu topique d’Aime, associé aux déesses mères, les Matrones, qui a donné son nom à la capitale des Ceutrons Axima (La Côte-d’Aime). Moins connu est le dieu Mantounos à Salins-les-Thermes. Dans la combe de Savoie, les fouilles récentes d’un fanum à double cellae, à Chateauneuf, ont fait connaître Limetus, dont la mention apparaît sur des graffites. De même la relecture d’une inscription de Grésy-sur-Isère a permis de révéler le nom d’Elausia, peut-être la divinité protectrice d’un probable uicus installé en ce lieu.
D’autres divinités, mieux connues en Gaule, sont attestées en Savoie. Il s’agit en particulier de Borvo ou Bormo, le dieu gaulois des eaux, honoré sur deux inscriptions d’Aix-les-Bains et dont la toponymie en Savoie rappelle le souvenir (Bourbaz à Albens, Borban à Thoiry, Bourbelain à Lescheraines dans les Bauges). Le temple dit de Diane à Aix-les-Bains pourrait lui avoir été consacré.
D’origine celtique sont encore les déesses-mères qui assuraient la fertilité et la fécondité. Alors que chez les Allobroges, elles sont nommées Matrae à Brison-Saint-Innocent, à Allondaz, elles sont appellées Matronae chez les Ceutrons à Aime et à Moûtiers (Matronae Saluennae). Cette dernière dénomination est la plus courante dans les Alpes. Les Dominae, qui apparaissent sur une inscription d’Aix-les-Bains et de Brison-Saint-Innocent, de même que les Comedouae Augustae, dont le rôle est mal défini, doivent être mises en relation avec les vertus curatives des eaux du chef-lieu du vicus.
* Les témoignages iconographiques
La répartition des découvertes est très inégale selon les deux départements savoyards et en définitive elles sont plutôt rares. On notera, seulement en Haute-Savoie, une statuette en bronze de Sucellus a été mise au jour à Viuz-la-Chiésaz et un autel anépigraphe, découvert à Annecy figurant un maillet stylisé, attribut régulier de Sucullus, avec de part et d’autre la représentation de deux silhouettes qui pourraient être celle du dieu et de sa parèdre, sont pour l’heure les seules attestations d’un culte rendu à cette divinité.
A Lugrin, au hameau de Vallières, dans le mur de l’ancienne maison forte, a été découvert un bas-relief représentant un dieu tricéphale, dont l’identification reste incertaine. Pour l’instant, les déesses-mères ne sont attestées qu’une seule fois en Haute Savoie, à Viuz-Faverges, sous la forme d’une statuette en terre blanche brisée en trois fragments, figurant une déesse allaitant un enfant du sein droit.
4. 2 - Le panthéon gallo-romain
Plus que jamais les inscriptions retrouvées en Haute-Savoie confirment les propos de César : " Le dieu qu’ils (les Gaulois) honorent le plus est Mercure... Après lui ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve " (Bell. Gall., 6, 17). Cependant il faut avoir à l’esprit que la dénomination de ces divinités officielles romaines correspond en réalité à des dieux gallo-romains fruits d’une symbiose entre divinités gauloises et dieux romains. Certains d’entre eux ont été très populaires dans la cité de Vienne, en particulier en Savoie, principalement Mercure et Mars.
Figure emblématique du panthéon gaulois et viennois, Mercure est un dieu omnipotent qui règne sur le ciel et les sommets des montagnes, qui guérit, qui protège les voyageurs et les activités commerciales, mais aussi les vivants et les morts. En Savoie, il est attesté au fanum de Châteauneuf où il a assimilé Limetus. Des dédicaces à Mercure sont attestées au Bourget-du-Lac, au Col du Chat, à Lucey (Deus Merqurius Propitius).
Mercure n’arrive qu’au second rang en Haute-Savoie avec six dédicaces où il est attesté seul à Annecy, à Saint-Felix, à Saint-Julien-en-Genevois et sur deux autres textes où il apparaît aux côtés de sa parèdre Maïa, à Groisy et à Villaz. Mais cette apparente infériorité n’est que le fruit du hasard des découvertes épigraphiques. Divinité de la paix et, par là, initiateur de la prospérité et de la fécondité, Mercure a fait l’objet de dédicaces à Annecy, où, selon une tradition qui remonte à Ch. Marteaux, un sanctuaire pourrait lui avoir été consacré à proximité du théâtre. En outre, sa popularité parmi les authochtones est illustrée par les nombreuses statuettes en bronze et par les représentations de symboles (pétase ailé en bronze Annecy, à Chateauneuf, à Mercruy ; caducée à Lémenc-Chambéry) ou d’animaux familiers du dieu (coq, bouc, tortue) mises au jour dans les fouilles d’Annecy, à Annemasse, à Arenthon, à Thonon et à Châteauneuf.
Vient ensuite Mars. Il y a quinze occurrences en Savoie sur les vingt-six attestations pour toute la cité de Vienne, dont dix fois pour la Haute-Savoie. Ainsi Mars est mentionné seul, à Annemasse, à Thyez, à Ville-La-Grand, à Annecy, et une fois associé à Jupiter, à Douvaine. Dans le département de la Savoie, cinq inscriptions font état d’un culte à cette divinité. C’est le cas au Pont-de-Beauvoisin, à Ruffieux, peut-être à la Chapelle-du Mont-du-Chat, à Brison-Saint-Innocent, à Saint-Alban-Leysse. Dieu de la guerre, qui par la victoire apporte la paix, dieu protecteur de la cité de Vienne, mais surtout des simples particuliers, il est le seul dans la cité de Vienne à être doté d’un culte municipal officiel avec une, voire deux prêtrises : le flaminat de Mars et le flaminat de la Jeunesse, réservés à de hauts personnages, généralement des magistrats municipaux. Ainsi Marcus Arrius Gemellus, mentionné par l’inscription de Passy, était magistrat de Vienne (duumuir aerari) et flamine de Mars. Cependant ce culte semble décliner à partir de la fin du Ier siècle, pour disparaître, au vu de l’absence d’occurrences épigraphiques, dans le courant du IIIe siècle. Peu à peu, Mars a cédé la place à Mercure (Fr. Bertrandy, RAN 33, 2000, p.125-148).
Jupiter Optimus Maximus est mentionné seul sur trois inscriptions gravées sur des autels à Annecy-Le-Vieux, à Chavanod, à Gruffy. Dans ces trois cas, ce Jupiter est probablement plus un Jupiter gallo-romain que le dieu du Capitole à Rome. Il apparaît associé à Mars, à Douvaine ou à la foudre, à Sévrier. Cette dernière inscription, consacrée à la foudre de Jupiter (Iouium Fulgur), dont l’évocation sous cette forme est unique dans le monde romain, illustre la dévotion d’un habitant de la campagne à l’égard du dieu de l’atmosphère dispensateur de la prospérité agricole. En Savoie, Jupiter est associé à Junon et à Minerve à Aime, à Aix-les-Bains, à Belmont-Tramonet, aux Échelles, à Saint-Pierre-d’Albigny.
Honorés essentiellement par les autochtones, bien davantage que des dieux appartenant au panthéon romain, ces dieux doivent être considérés comme des divinités gallo-romaines. La confirmation de cette observation est apportée par les dédicaces à Apollon qui apparaît plutôt comme un dieu guérisseur, auquel est ajoutée l’épiclèse Virotutis, à Annecy et à Groisy, où encore à Gilly, Grésy-sur-Isère, La Rochette et à Ruffieux. Il en serait de même pour Castor et Pollux, attestés ensemble à Annecy, pour Castor auguste seul à Duingt. Plus significatives encore sont les dédicaces offertes à Pollux à Seyssel dans lesquelles il est associé à Vintius le dieu indigène local, protecteur des bateliers.
Des statuettes en bronze, figurant Apollon, Bacchus, Diane, Jupiter, Mercure, Maïa, Minerve, Vénus, parfois en céramique blanche, Silène et Hercule, ont été découvertes dans un certain nombre de sites. Elles ne sont que le témoignage de la popularité de ces divinités auprès des habitants et l’expression d’une piété simple à la recherche de leur protection.
4. 3 - Les sanctuaires et les prêtrises
En Savoie, sans prétendre à l’exhaustivité, on est en mesure de signaler l’existence de plusieurs sanctuaires et de personnages ayant exercé des fonctions sacerdotales. Entre 1988 et 1993, des travaux de construction de la route destinée au contournement de la ville de Faverges ont révélé un temenos dont l’occupation s’étend du milieu du Ier siècle avant J.-C. jusqu’au tout début du Ve siècle. Outre de multiples constructions, il comprenait une entrée, un portique couvert, une cour trapézoïdale, un fanum et un grand bâtiment à la destination incertaine. On ne saurait dire à quelle divinité était consacré ce sanctuaire, même si la découverte du montant droit d’un trône en marbre de Carrare, attribué à une représentation de Jupiter assis, laisserait supposer que le dieu était honoré en ces lieux.
A Passy, au lieu-dit Les Outards, ainsi que le démontrerait l’existence de ruines (colonnes, débris de marbre), il existait un important sanctuaire dédié à Mars. Aulus Isugius Vaturus, magistrat de Vienne et flamine impérial y fait une dédicace en l’honneur de cette divinité. Lucius Vibius Vestinus et M. Arrius Gemellus, ce dernier étant flamine de Mars à Vienne, magistrats de Vienne, ont adressé des dédicaces à Mars auguste qui, à Passy doit être considéré comme un dieu indigène. En outre, la qualité de ces trois personnages, hauts-placés à Vienne, démontre que le sanctuaire de Passy jouissait d’une grande réputation dans la cité. En revanche, Sextus Iulius Optatus, flamine de Mars à Vienne, n’était que résident ou de passage à Annecy. Il faut supposer au vu des dédicaces que des sanctuaires de Mars existaient à Annecy, au Mont du Chat, couplé ici avec un temple consacré à Mercure, peut-être à Brison-Saint-Innocent.
A Duingt, s’élevait un temple dédié à Castor, puisque la dédicace est faite par un prêtre local, Caius Caprilius Sparus, à la fin du règne de l’empereur Domitien.
Il convient de mettre en évidence le sanctuaire de Limetus-Mercure, à Châteauneuf, dont les fouilles engagées entre 1978 et 1986, ont révélé qu’il avait fonctionné entre le règne d’Auguste et l’époque flavienne, mais surtout qu’il était le lieu d’une fervente piété religieuse populaire. Des sanctuaires consacrés à Jupiter doivent être signalés aux Échelles, à Belmont-Tramonet et au col du Petit-Saint-Bernard.
Dans le pagus Dia[...], il y aurait eu au moins deux sanctuaires consacrés à Vintius Pollux, l’un à Hauteville dans la " vigne des Idoles ", l’autre à Seyssel, installé au sommet de la colline de Vens qui domine le confluent du Rhône et du Fier. On doit relever le rapprochement entre le toponyme Vens et le nom du dieu Vintius, qui se retouve également dans le nom Mars Vintius, à Vence dans les Alpes Maritimes. Vintius Pollux semble avoir fait l’objet d’un culte quasi officiel, puisque deux de ses trois adorateurs répertoriés, étaient à la fois prêtres de Vintius et préfets du pagus [...].
Mais il importe de remarquer qu’une dédicace à une divinité ne suppose pas obligatoirement l’existence d’un sanctuaire à l’endroit de la découverte.
4. 4 - Cultes orientaux et christianisme
Bien que le culte des divinités orientales ait été pratiqué dans la vallée du Rhône, à Lyon et à Vienne, il n’y en a guère de trace épigraphique en Savoie. On mentionnera pour Cybèle l’autel métroaque anépigraphe de Conjux présentant les instruments du culte habituels et l’inscription de Moûtiers associant la Mère des dieux aux puissances divines des Augustes et aux Matronae Saluennae. Sous le nom de Deus Inuictus N(abarze) ? Mithra était honoré à Lucey, tandis que doit être rappelé la découverte d’un remarquable buste en argent de Jupiter Dolichenus, mis au jour au col du Petit-Saint-Bernard et conservé aujourd’hui au musée d’Aoste.
Vers 450, le premier évèque de Tarentaise s’installe à Moûtiers (Darentasia) dont la position de carrefour est plus favorable que l’emplacement d’Aime qui néanmoins peut faire état d’une certaine prospérité avec notamment la construction de la basilique Saint Martin. En revanche, si l’on a des témoignages du développement du christianisme dès le IVe siècle à Genève, la première église attestée en Haute-Savoie est tardive. A Annemasse, une église est consacrée, en 516, par Maxime, évêque de Genève et par saint Avit, évêque de Vienne.
4. 5 - Le culte impérial
Il est ce que les historiens appellent communément l’expression du loyalisme et de l’attachement des habitants de l’Empire romain au souverain. Introduit très tôt en Narbonnaise, ce culte a trouvé une grande audience en Savoie, chez les Allobroges comme chez les Ceutrons. La promotion juridique de ces deux peuples à l’intérieur de l’empire est certainement à l’origine de l’engouement des populations pour un culte en l’honneur de l’empereur, garant de la victoire et donc de la paix qui engendre la prospérité.
En Haute-Savoie, les inscriptions ne mentionnent jamais le nom du souverain à qui on s’adresse, mais plutôt son numen, c’est-à-dire la " puissance divine " qui se dégage de sa personne. Ainsi, à Alex, le dédicant anonyme invoque le numen des Augustes, pour la sauvegarde de l’empereur qui pourrait être l’empereur Marc Aurèle. A Annecy-le-Vieux, sur une inscription datée peut-être de la seconde moitié du IIe siècle, un particulier dédie une basilique (celle de Boutae-Annecy ?) aux [Nu]minibus Au[gustorum], les puissances divines des empereurs vivants ou morts. A Meythet, enfin, une dédicace identique est adressée aux puissances divines des empereurs, et aux habitants de Boutae. De même en Savoie, est honoré aussi le numen des empereurs à Aime, à Moûtiers, à Ruffieux, associé à Apollon.
Plus originale, mais plus tardive aussi est la dédicace à un membre indéterminé d’une famille impériale portée sur un autel mis au jour à Seyssel. Utilisée sous la République, la formule Bono reip(ublicae) natus a trouvé une nouvelle application pendant le règne de Constantin et elle n’était attribuée qu’aux souverains vivants. Elle est particulièrement fréquente sur les bornes milliaires de la seconde moitié du IVe siècle.
Dans le département de la Savoie, en revanche, les inscriptions évoquent le nom de l’empereur au datif, par exemple pour Auguste à Aime, Caligula à Saint-Jean-de-la-Porte, Nerva à Aime, Elagabal ou Sévère Alexandre, Carus et ses fils à Aime encore. D’autres textes ont été gravés pour la sauvegarde (Pro salute) de l’empereur Claude (?) et de Vespasien (?) à Aime, de Trajan à Albens, de Commode à Gilly-sur-Isère, sans oublier les graffiti en l’honneur de Néron et de la déesse Rome à Châteauneuf.
Il faut mentionner encore une inscription fragmentaire, évoquant une flaminique de la province de Narbonnaise, découverte à Sales, en Haute-Savoie. Elle montre, qu’en occupant un rang élevé dans la hiérarchie de la province, cette femme était attachée au culte des impératrices vivantes ou divinisées. Une autre flaminique impériale de la cité de Vienne, lulia Vera, est mentionnée à la Chapelle-Blanche. Trois seuiri Augustales sont enfin attestés à Aix-les-Bains, au Pont-de-Beauvoisin, à Bassens.
4. 6 - Les dieux Mânes
Symboles d’une croyance de la survie de l’âme dans l’au-delà, les dieux Mânes, communément les âmes des morts, ont fait l’objet à Rome d’un culte domestique accompli par les vivants devant le laraire. Ainsi que l’attestent les épitaphes, ce culte a été introduit dès la seconde moitié du Ier siècle en Gaule. En Haute-Savoie, on en rencontre la mention à Annecy, à Cran-Gevrier, à Marigny-Saint-Marcel, à Menthon-Saint-Bernard, à Rumilly, à Sales, à Sallenoves, à Talloires, à Val-de-Fier ; en Savoie, à Aix-les-Bains, à Albens, à Arbin, à Conjux (dans la chapelle), à Fréterive, à Grésy-sur-Aix, à Jongieux, à Saint-Pierre-de-Soucy, à Tresserve.
A partir de la seconde moitié du IIe siècle, aux dieux Mânes, est adjointe la mention à la mémoire éternelle (memoria ou quies aeterna) qui précise davantage la croyance à une autre vie dans l’au-delà. Quelques exemples seulement illustrent cette évolution eschatologique, à Annecy, à Rumilly, à Albens, à La Biolle.


Message Posté le: Jeu 2 Juil - 11:34 (2015)
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Message Sujet du message: Une Voie Romaine en Tarentaise

Message Posté le: Aujourd’hui à 15:15 (2018)
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